le basilic....

Publié le par le facilitateur d'histoire & compagnie

 

Le basilic de Bournand — Statue moderne en fer

Ce soir là, Robin de la Haye rentrait chez lui. Il venait de quitter la citadelle de Loudun et regagnait son château de Bournand. Il se laissait guider par son cheval qui connaissait bien la route du retour. Chemin faisant, il réfléchissait, ou plus exactement, il cherchait des raisons d'espérer. Il faut dire que les temps étaient durs. C'étaient des temps de misère et de dévastation. La France et l'Angleterre s'affrontaient, depuis des années, pour savoir qui garderait l'Aquitaine et le Poitou.

Et le roi de France était si faible, si misérable. Bien sûr, la citadelle de Loudun résistait bien. Bien sûr, elle n'avait jamais été prise, mais sait-on jamais ? Bien sûr, tant qu'il resterait une parcelle de sol qui resterait acquise au roi de France, il resterait aussi une parcelle d'espoir !

Robin s'accrochait à cette idée, elle le rassurait. Il se laissait emporter par le trot régulier de son cheval qui commençait à sentir l'écurie.

En arrivant au bois de la Dorelle, son cheval fit un écart brutal et Robin sentit une odeur nauséabonde :
Le Basilic ! Le Basilic ! C'était le Basilic !

Ce n'était pas possible ! en plus des combats, des ruines, des rapines, il allait falloir supporter «ça !» : cette bête immonde, ce monstre infernal ! Robin savait bien ce qu'était un basilic. C'était un monstre, envoyé par les Puissances d'En-bas, un monstre avec des pattes griffues et un corps de coq, un poitrail de taureau, une queue de serpent et une gueule épouvantable qui laissait échapper une odeur pestilentielle qui vous paralyse.

Il y a des limites au-delà desquelles un homme ne saurait aller. Il semble à Robin que ces limites sont atteintes et depuis longtemps. Trop, c'est trop ! L'espoir de Robin vient de voler en éclats !

Mais emporté par les forces de l'habitude, il saute de cheval et saisit son épée. Aussitôt, un brouillard pestilentiel l'enveloppe, le serre, l'étouffe, annihile sa volonté, amoindrit ses forces. Dans le silence retrouvé de la forêt, il entend claquer les écailles de la queue du monstre et, petit à petit, dans l'obscurité, il finit par discerner la silhouette qui se dresse en face de lui. Alors la rage saisit Robin, la rage du désespoir, mêlée de colère et de révolte. Il se dresse, lui aussi, face au Basilic, l'épée haut levée et le combat s'engage. Un combat dur serré. Mais le plus difficile, pour Robin, ce n'est pas d'éviter les coups de pattes ni les coups de queue, ce n'est pas non plus de se défendre de cette haleine fétide qui l'enserre sans arrêt. Non, le plus difficile, c'est de ne pas croiser le regard de la bête, car Robin le sait bien, un regard de basilic peut vous tuer dans l'instant. Et pour un chevalier comme Robin, habitué à défier du regard ses adversaires quand il les affronte en combat singulier, voilà une tâche bien difficile ! Et puis Robin le sait bien aussi s'il veut porter le coup fatal, il doit frapper, là, entre les deux yeux !

Robin combat toute la nuit et il combat comme un aveugle. Le brouillard empuanti se répand lentement dans le pays, il s'insinue dans la moindre chaumière, dans les fermes, jusqu'au village et au château. Et tout le monde comprend ce qui se passe et tout le monde est paralysé par la peur.

Toujours soutenu par sa rage de vaincre, Robin voit la lueur grise de l'aube pointer au-dessus des arbres, alors rassemblant ses forces dans un dernier effort, d'un ultime coup d'épée, il porte le coup fatal.

Terrasé, le monstre s'effondre dans un fracas épouvantable. Robin s'écroule aussi, épuisé. C'est ainsi qu'on les retrouvera tous les deux.

Aussitôt, on traîne la bête jusqu'à Épennes et on l'enfouit sous le dolmen pour le rendre aux puissances d'En-bas.

Voici comment Robin a retrouvé son espoir et tout le pays avec lui. Voilà aussi comment Robin est devenu pour la légende : Le Grand Robin, seigneur de Bournand, vainqueur de la Bête d'Épeines.

Marie-Hélène Coupaye

Texte dit lors de l'inauguration de la statue du Basilic
installée dans le parc du château de Bournand, en sept. 1996

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